Comme le retrait derrière nos murs laissait la place covidée par l’ensemble des éléments du monde, la voie la plus immédiate fut celle de la digitalisation des évènements.  Mais il est possible pour le monde de l’évènement de s’en sortir aussi avec ce qui se tient en son cœur et qui revenait en force avant le confinement, le sens de l’engagement pour une cause (qui n’exclut pas, voire appelle à plus de croisement avec le digital).

Comme il y avait écrit en vert au-dessus de la porte du digital « issue de secours », il est bien difficile de ne pas prendre nos jambes à notre cou et d’y aller franchement. Toutefois en passant la porte, il est encore possible de se retourner et de voir le spectre du monde physique aimé, et même non pas le perdre tel Orphée quittant Eurydice, de le retrouver. Le monde physique n’appartient pas à la nuit de notre existence, mais à son jour, très contemporain. Et il faut se dire que les Foires, Salons et Congrès, les Evènements de chair et de sang sont au moins autant du 21ème siècle et de ses conditions d’existence que la révolution digitale. Evidemment aujourd’hui à tous ces professionnels qui fabriquent de l’évènement, il est dit, « digitalisation ». Très bien. Mais c’est un peu comme si on disait à un artisan boulanger : « ‘y a un truc qui marche du feu de dieu, c’est la boucherie ! ». « Mais je suis boulanger » dit l’artisan qui aime faire du pain. Il ne s’agit pas aujourd’hui de perdre son métier mais de l’inventer, par exemple, faire des sandwichs de pain et de viande. Et sans doute créer des cousinages plus serrés avec le boucher. Mais une fois ce détour fait, reste qu’il est important de ne pas prendre la seule issue de secours visible dans la fumée du confinement. Nous voudrions dans ce court article reprendre le fil de ce qui déjà émergeait de plus en plus fortement dans la profession de l’évènement, source d’innovation et de transformation, l’engagement pour une cause : économique, culturelle, scientifique, sociale, politique, avec donc une dimension collective forte. Cela peut servir pour après.

Quelle est la cause que sert une manifestation ?  Des organisateurs de manifestations, pas toujours au sein de la filière, se posent ainsi la question. Ils sortent de l’urgence logistique. La manifestation doit servir une CAUSE, elle doit avoir un SENS, elle sert au-delà d’elle-même. Cela n’est rien de nouveau à l’aune de notre vie, nous les humains, servir une cause, avoir une transcendance qui nous guide. Mais c’est très concrètement cela qui peut déterminer de plus en plus la production d’une manifestation, et avec elle la création d’un climat propice aux décisions et par conséquent aux changements, à la capacité à affronter le complexe insaisissable (celui d’aujourd’hui en général, celui de la pandémie en particulier), à couper le nœud gordien. Un grand champ d’innovation dans les Foires Salons et Congrès, et dans l’Evènement en général, est de l’ordre de l’engagement. Nous pourrions aussi le formuler autrement : de l’ordre de la CROYANCE. Osons écrire qu’il n’y aura pas d’innovation sans croyance : croire au rôle de son action pour servir sa cause, croire à sa cause pour inventer le dispositif nécessaire à son service ?

Sortir de la logistique, sentir

C’est pour cette raison d’ailleurs qu’un des grands enjeux des professionnels de la filière est de ne pas s’enfermer dans la logistique, de sortir de leur métier, au moins de sa rationalité et de se mettre à SENTIR les forces qui « se manifestent » dans les manifestations. Les innovateurs seront en partie du côté de ceux qui serviront une cause et un engagement et qui auront besoin des évènements pour accomplir leurs missions. Ils ne seront par conséquent pas uniquement des professionnels issus de la filière, dans la mesure où les évènements existent d’abord pour les territoires, les filières, les mondes autres que pour eux-mêmes. Cela nous invite à capter quelles sont les causes à servir, quels sont ceux qui veulent servir une cause. Cela exigera en même temps de savoir trier les causes et développer une capacité critique. Nous n’essaierons pas ici de les nommer, puisqu’elles appartiennent à chacun dans son milieu et face à ses défis, outre celles globales des réponses au nouveau régime climatique.

Dispositif global d’expressions multiples pour le sens du service

Mais alors le mouvement de production ne part plus du matériel et de l’organisation d’une manifestation, mais du service à rendre qui pourra prendre des formes multiples d’expression, parmi lesquels évidemment un salon, une foire, un congrès, un évènement mais dans un dispositif global plus large, avec d’autres moyens de communication et de médiation. Le sens du SERVICE crée des débordements des formes classiques de Foires, Salons, Congrès ou d’Evènements pour inscrire celles-là dans une série plus longue dont elles ne sont plus les pièces centrales, mais des éléments d’un système qui les englobent. L’organisation d’une manifestation devient seconde, une compétence parmi d’autres. Apparaît ainsi un mécanisme d’enchâssement et de démultiplication que nous trouverons de plus en plus : la manifestation FSC dans un dispositif plus grand et la manifestation elle-même faite d’imbrication de manifestations en son sein (embedded) qui permet de multiplier d’autant les mises en série avec l’extérieur. D’un côté la manifestation sera encastrée dans des dispositifs digitaux, des créations de proximités non transitoires dans les entreprises ou les organismes, des réseaux d’influences à long terme à des échelles de décision politique, des projets concrets dans les filières et les territoires, des mécanismes de structuration de filières, etc. De l’autre côté, elle se démultipliera en son sein, elle se divisera en de multiples évènements, avec de plus en plus de mixité de formes et de sujets. Le professionnel averti dira rien de nouveau. Oui, rien de nouveau, simplement l’insistance sur l’engagement pour une cause, pour un « dehors » de l’évènement cristallise ses relations avec des milieux plus extérieurs et plus lointains et fait la valeur de l’évènement. C’est une question de dosage : maintenant, plus de cause.

La cause contribue à un phénomène de prolifération des formes hors de la manifestation, mais aussi dedans. Au fond, l’innovation va prendre des formes de complexification des mécanismes, de développement des entrelacements et des connexions. Si la rencontre en tant que telle entre les personnes coupe court à toutes les scories inutiles, si elle fait simple, « mieux vaut se causer », elle ne pourra le faire dans toute sa puissance et sa richesse que probablement dans environnement plus construit, plus relationnel, plus ouvert vers les enjeux du monde et de l’actualité, plus proche du temps présent.

En se causant 

L’engagement pour une cause n’est pas le seul exercice possible pour retrouver les puissances des rencontres physiques de l’évènement, mais il est peut-être fondateur. Le cœur des rencontres d’une manière ou d’une autre est de permettre des décisions, des bifurcations. L’engagement pour une cause permet à la fois une projection, une jetée hors du simple cercle de l’organisation de l’évènement, plonge dans un monde plus riche, dans plus de résonnance et de relations et permet de trancher. Sans cause, la projection n’a pas lieu et la décision ne trouve pas de sens. Les professionnels de l’évènement sont loin d’être étrangers à de tels propos, ils sont eux-mêmes passionnés, artisans d’une culture ouverte, multiple, hospitalière et souvent engagés. C’est leur force. Et plus ils seront près de leur force d’engagement, plus ils pourront tenir le pas dans la création d’évènements. Eux et pas seulement d’autres qui seront de plus en plus nombreux, dans les filières et les territoires, dans les champs émergeants engagés dans leur cause et qui auront besoin d’évènements. Quelles sont les causes importantes aujourd’hui ? Quelles sont les batailles ? Où ça se passe ? Ces questions appartiennent à chacun dans leur champ d’activité et au sein de la profession de l’évènement. Jamais la question de l’évènementiel n’a été aussi proche du présent et de ses évènements. Comment y répondre ? Comment les professionnels de l’évènement peuvent trouver des pistes ? En faisant ce qui permet de saisir le cœur de leur passion de l’évènement, en se causant.

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