Michel Saunier, architecte,  Agence M2S Architecture, m-saunier@wanadoo.fr

Michel Saunier, architecte, Agence M2S Architecture, m-saunier@wanadoo.fr

L'architecture et l’urbanisme sont parmi les grands leviers stratégiques d’évolution des salons, « villes éphémères » dans un monde de plus en plus urbain. Michel Saunier est un des rares architectes en France à s’être investi depuis 20 ans dans des projets d’architecture et d’urbanisme sur des salons, notamment internationaux. Il nous donne, dans cet entretien, une terre riche d’idées, de pensées sur l’ensemble des échelles d’intervention de l’architecture, la création, le rapport de l’événement à la durée, la culture de confiance des équipes organisatrices et, au fond, un certain sens du salon. Tout cela pourrait servir.

Les architectes s'investissent de plus en plus dans la construction de parcs des expositions, en revanche plus rares sont ceux qui s'investissent dans l'architecture et l'urbanisme des salons, comment cela se fait-il que vous n'ayez pas eu peur, vous, de l'éphémère, de l’événement ?

Effectivement, l’architecture a un rapport au temps, à la trace. Elle témoigne d’une civilisation, d’une époque, d’un style. Et l’architecte a cette mission, cette formation, cette ambition aussi, de participer à cette inscription dans l’espace et dans le temps. Alors pour l’architecte, il peut y avoir une sorte de télescopage, voire une incompréhension par rapport à l’éphémère, qui, souvent, est l’œuvre du scénographe, du designer, ou du décorateur. Pourtant, les enjeux d’un salon font appel à toutes les dimensions spatiales, l’urbanisme, l'architecture, l'aménagement, à l’intérieur et à l’extérieur, la signalétique, le graphisme, le mobilier, le style. Tout ceci constitue une aventure, proche de celle d’une ville, une ville de l’instant. L’architecte, par sa formation, sa compétence peut devenir un acteur privilégié pour trouver une cohérence à toutes ces dimensions.

Dire que c’est un événement peut paraître restrictif... Mais les salons renaissent régulièrement. Je m'occupe d'un salon depuis presque 20 ans et nous sommes là dans un acte architectural éphémère qui, par sa répétition, s'inscrit dans un temps long. Un peu comme si nous adaptions en permanence le projet à la demande, pour le perfectionner.

Au début de mon expérience dans l’évènement, j’ai ressenti une grande frustration quand on a tout démoli, après avoir travaillé plus d’un an sur la conception du projet. Et puis, je me suis ressaisi, en me disant : « attends, c’est vrai ils ont cassé tout ton bazar, plus personne ne va avoir de trace, Mais… dans un an, ça recommence, dans 2 ans, dans 3 ans et dans 4 ans... ». C’est une contrepartie et mon investissement en tant qu’architecte prenait du sens à ce moment-là. 

L'architecte n'est pas préparé intellectuellement et émotionnellement à travailler dans l’instant. Par contre si cet instant se réédite, c’est une autre expression du temps, et je pense qu’il ne faut pas le négliger.

Si l’architecte s’exprime dans l’instant, il n’en a pas moins une approche temporelle plus large, à travers sa connaissance du sujet et la projection de ses concepts et rêves sur les manifestations futures. C’est un peu comme une plante qui fleurit tous les ans : la fleur est éphémère et la plante, elle, dure.

 

Quelles sont les différences entre un projet architectural d’un bâtiment et celui d’un événement ? Qu’en est-il de la création de l’architecte ?

Un bâtiment exige de passer beaucoup de temps pour l’étudier, puis pour le réaliser, mais il va s’inscrire longtemps, même si maintenant la tendance est de recasser après 30 ou 40 ans. Enfin pendant ces 30 ou 40 ans de vie du bâtiment, peu de modifications surviennent : on va refaire les équipements, on va agrandir le hall, on va casser des cloisons, on va changer quelque chose sur la façade, mais enfin globalement le bâtiment va garder sa représentation d’origine pendant toute sa vie.

« Pour un salon, sur 20 ans, à chaque édition, le salon est toujours le même salon, mais en même temps, sa représentation n’est jamais exactement la même. »

Pour un salon, sur 20 ans, à chaque édition, le salon est toujours le même salon, mais en même temps, sa représentation n’est jamais exactement la même. Des possibilités de bouleversements apparaissent dans l’organisation, dans sa représentation. L’action de l’architecte, si elle perdure, vaut alors le coup : au lieu d’avoir construit un bâtiment qui dure, on a construit un événement qui dure et les modifications sont beaucoup plus significatives que les modifications d’un bâtiment. Cette notion de temps est extrêmement importante. Dans l’architecture de bâtiment, un espace est créé pour durer dans le temps, là on doit créer des espaces qui doivent durer dans l’instant, mais qui doivent se reproduire, non pas à l’infini, mais dans une période longue quand même. Certaines manifestations, comme les Foires, sont plus anciennes que des bâtiments anciens.

Le projet dans l’événement permet de prendre beaucoup plus de risque. L’incidence d’une erreur sur l'organisation spatiale, une matière, une couleur pour une manifestation qui se déroule sur quatre jours est relative, voir faible. Elle ne sera peut-être même pas perçue du tout par le visiteur ou l’exposant. Une erreur équivalente sur un bâtiment qui va être utilisé pendant 40 ans, est au contraire considérable.

 

Comment exploitez-vous cette prise de risque ?

« Personnellement, j’ai pris un plaisir énorme à travailler depuis une vingtaine d’années dans l’événementiel, parce que c’est un laboratoire. »

Personnellement, j’ai pris un plaisir énorme à travailler depuis une vingtaine d’années dans l’événement, parce que c’est un laboratoire. J’éprouve le plaisir de créer des choses nouvelles. On se réveille une nuit en pensant à des papillons gigantesques et puis, à un moment donné, on arrive à les raccrocher au projet, et on le fait ! Je pense qu’aujourd’hui dans le cadre des projets d’architectures, sauf dans les projets d’architectures exceptionnels par des architectes exceptionnels, le delta de bonheur, de liberté pour faire autre chose que ce qui est défini dans la cahier des charges est très modeste. Dans l’événement, on est dans un domaine où le cahier des charges laisse encore cette part de rêve, d’originalité et surtout cette prise de risque.

Le salon est une sorte de grand puzzle, un ensemble extrêmement complexe, avec des bâtiments et ses extérieurs, Des dizaines de milliers de visiteurs sur quelques jours, des dizaines ou centaines de milliers de m² à investir. Avant de faire arriver les papillons, il faut arriver à faire circuler les visiteurs dans d’excellentes conditions avec tout un travail de gestion des flux, mais il faut toujours agrémenter avec le bonheur d’être dans cet espace. Se tiennent ensemble rigueur et rêve.

On peut se permettre de pousser le bouchon dans certains domaines, de tester des choses, pour voir si ça marche ou pas, à côté des autres choses dont on est à peu près certain, de manière à prévoir justement comment on pourra faire évoluer les événements d'après, ces espaces, tous les espaces entre eux, leur organisation. Pour un architecte, cela ne peut être qu’extraordinaire. Le cœur de son élan est quand même de faire des choses nouvelles, qui fonctionnent, bien sûr, mais qui fassent aussi rêver. On a besoin de rêve et si les visiteurs vont dans des salons ou des foires, c’est aussi pour en trouver, il faut donc leur en donner.

 

Les organisateurs eux-mêmes ne sont pas nombreux à choisir d'investir dans l'urbanisme et l'architecture de leurs manifestations, pourquoi selon vous ? Quel est le rôle de l’architecte dans l’organisation d’un salon ?

Vous savez, la construction des maisons individuelles, sous une certaine surface, échappe aux architectes principalement parce que la profession ne s’y est pas intéressée, il y a quelques décennies. Peut-être que si les architectes faisaient des démarches auprès des organisateurs, les missions seraient plus fréquentes.

L’argument peut être assez simple. L’intervention de l’architecte doit apporter une plus-value évidente aux salons : accès, fluidité, compréhension, valorisation, une offre commerciale, le bon équilibre entre les visiteurs et les exposants, la qualité architecturale, la surprise, le rêve. Si l’objectif est atteint, les visiteurs et les exposants le constateront et le salon évoluera. Le coût de l’intervention de l’architecte sera alors largement rentabilisé.

Si on regarde maintenant le moteur des salons, il tourne généralement autour de trois pôles de compétences : le commercial, la communication et les finances. Dans chaque salon, d’après ce que j’ai pu vivre, règne toujours ce triptyque. Les commerciaux veulent vendre des surfaces et quand ils les vendent ils sont très contents. Donc ils pensent que le travail est fait. Le communiquant essaie de verrouiller tout ce qui est de l'ordre de l'image, et le financier vient inscrire ces démarches dans le cadre d'un budget, où l'architecte est souvent absent.

« L’architecte a la position du fou du roi. »

Je pense que quelque part, ces trois compétences ont l’impression qu’elles sont suffisantes pour mettre en place les salons et qu’elles n’ont pas besoin d’un trublion, d’une 4ème dimension. Le rôle de l’architecte est de proposer un regard transversal afin de trouver des solutions originales et harmonieuses à partir de ces compétences, qui finalement n’ont pas toujours la même stratégie. L’architecte a la position du « fou du roi ». Cela lui permet de mettre en avant les problématiques et de soulever les questions parfois délicates à révéler à l’intérieur d’une équipe. Et il est aussi rémunéré pour cela.

 

Des salons sont-ils plus concernés que d’autres par l’architecture ?

Dans l’expérience que je peux avoir, on a fait appel à moi parce qu’il y avait au départ une volonté d’avoir un architecte, peut-être par « prestige », parce qu’on se disait qu’en tant qu'architecte j’allais certainement amener quelque chose en plus. Dans ce cas-là les directeurs de salons tiennent à hisser le salon à un haut niveau de représentation, ils ont une haute opinion de leur salon finalement.

« Les directeurs de salons tiennent à hisser le salon à un haut niveau de représentation, ils ont une haute opinion de leur salon finalement. »

Pour d’autres clients, le schéma était différent : ils sont un peu en déshérence, dans un flottement. Ils se disent qu’ils n’arrivent plus en interne à trouver le fil et peut-être qu’un architecte pourra les aider à débrouiller cette histoire-là.

Cela me rappelle une expérience que j’ai pu avoir il y a quelques années, ce n’était pas sur l’événementiel, mais c’était sur l’hôtellerie. J’ai participé à un petit groupe de travail avec des sémioticiens, c’était un groupe hôtelier assez connu et les décideurs du groupe posaient deux questions très simples : qu’est-ce qu’un hôtel finalement, qu’est-ce qu’une chambre d’hôtel aujourd'hui ? Ils étaient un peu arrivés à un modèle optimal et ils ne voyaient pas comment ils pouvaient aller plus loin. Ils ont chargé une équipe de sémioticiens pour réfléchir sur la question.  Et souvent je pense que l’architecte intervient à ce moment-là, justement, quand le système est bloqué, parce qu’il est interne, circulaire. Voilà pourquoi la notion de « fou du roi » me paraît importante.

Enfin troisième cas, il se présente devant les sites complexes. L’organisation, les accès, les dimensions exigent une réflexion de dimension quasi urbaine, pour en trouver les failles et les solutions adaptées. Chaque site a ses failles et on ne peut pas faire n’importe quoi sur n’importe quel site. Et de toute manière, certaines failles sont incontournables et il faut les connaître, de manière à pouvoir ensuite imaginer l’urbanisme.

Parfois on réussit à les retourner. Par exemple, un bâtiment trop long ou trop massif, ou des bâtiments trop éclatés ou trop dispersés dans l’espace entraînent des contraintes de l’espace, à l’encontre desquelles on ne peut pas aller, mais une réflexion spatiale est possible. Un des bâtiments du Parc des Expositions de Bordeaux fait presque1 km de long, sur 60 m de large, ce qui n’est pas facile à urbaniser. Une réflexion sur l’espace est nécessaire pour savoir ce qu’on fait avec un tunnel comme cela. Sur d’autres parcs, les bâtiments sont séparés, de styles différents, de dimensions différentes, ce qui rend très délicate la recherche de cohérence par exemple. Il est sûr que l’intervention de l’architecte sera décisive pour imaginer de solutions qui compensent ces contraintes spatiales.

Enfin, les architectes disent souvent qu’il n’y a pas de petits projets au sens où chaque projet, aussi petit soit-il, a besoin d’organisation, de beauté et de rêve. Je pense que tous les salons sont concernés par cette question et devraient intégrer une réflexion architecturale sur toutes les dimensions de la manifestation. C’est quelque chose qui m’a épaté quand j’ai commencé à travailler dans ce domaine, cette possibilité de travailler sur toutes les dimensions d’un ensemble.

 

Dans votre travail, quels sont les éléments qui vous paraissent fondamentaux pour penser l'urbanisme et l'architecture d'un salon ?

Je peux identifier trois points principaux, même si la liste pourrait être plus longue : la nécessité d’une réflexion de fond, la cohérence entre toutes les échelles et l’adhésion de toute l’équipe.

« Paradoxalement à la durée éphémère du projet, il faut penser le sujet dans le temps long, c’est-à-dire avoir une véritable stratégie d’écriture qui va s’exprimer salon après salon. »

Paradoxalement à la durée éphémère de l’évènement, il faut penser le sujet dans le temps long, c’est-à-dire avoir une véritable stratégie d’écriture qui va s’exprimer salon après salon, chapitre après chapitre, donc en un mot, une réflexion de fond. C'est l'une des clés. Sinon, on fait de la déco, on fait des coups…

Le deuxième point, c’est la cohérence entre toutes les échelles du projet. Cela va de la signalétique au site entier, en passant par les espaces d’exposition, les espaces de la marque, les stands, etc. La grandeur d’un tel projet se trouve dans l’échelle, dans la compréhension de la hiérarchie des différents éléments, dans la cohérence entre toutes les échelles. Finalement être architecte d’un salon implique de s’occuper autant de la signalétique qui va être sur la porte du centre de presse ou du bloc sanitaire que de réfléchir, en même temps, à l’arrivée des exposants par les parkings, par le tram, par le métro, à la manière à gérer les flux, etc. Cela s’étend du microscopique à l’urbanisme.

Le troisième point qui me paraît fondamental est l’adhésion forte et simple de toute l’équipe du salon. La qualité du projet du salon ne peut pas avoir lieu sans une compréhension commune des enjeux, une acceptation des solutions que chacun, à son niveau, peut mettre en place. Il n’y a pas d’un côté le salon dans sa dimension commerciale, financière et de communication et, à côté, un architecte qui va vite faire une façade. Et ce n’est pas non plus l’architecte qui fait le salon. L’architecte interprète le questionnement, il amène des réponses, mais ensuite, il faut que tout le monde travaille dans le même sens.

Je me souviens d’un projet de grands espaces dédiés aux visiteurs (zone d'information, de détente, de repos...) que j'avais nommées " les clairières" en opposition à "la forêt" qui était la manifestation. Les commerciaux, au départ, n’en voulaient pas parce que ça prenait les surfaces qu’ils avaient l’habitude de bien vendre. Et puis, à un moment donné, le projet a pris une certaine cohérence, la direction a accepté le principe, tout le monde s’est mis en ordre de marche par rapport à cette nouvelle stratégie et on a vu que finalement, on n’avait pas perdu, bien au contraire. Pour les commerciaux, c’était juste l’enfer de perdre des centaines de m2, là où ils avaient l’habitude d’implanter leurs meilleurs exposants. J’ai eu la même problématique sur un autre salon avec la création d’un forum. On a dégagé 4000 m² au milieu du salon en disant : si c’est important pour le salon, alors on le met au milieu. Pour la direction commerciale, c’était difficile à admettre puisque tout le monde voulait être au milieu du hall. Tout d’un coup, on dit, « l’espace on le prend et il n’est plus pour les exposants ». C’est une stratégie qui a finalement très bien fonctionné et qui a engendré d’autres avantages, le fait de diviser le hall en deux le hall par exemple. 

 

Pour revenir à cette idée de collectif qui appartient, d’une certaine manière, à la culture des foires et salons, comment pourriez-vous la décrire dans le contexte de vos projets ?

Pour moi qui fait les deux, des bâtiments et des projets de manifestations éphémères, je pense que ce qui est le plus beau dans l’éphémère, c’est l’humanité, la relation qu’on peut avoir avec toute l’équipe.

Les enjeux sont tels, la rapidité d’exécution est telle qu’à un moment donné tout le monde se retrouve dans un entonnoir, glisse dedans jusqu' à la sortie, qui est l’ouverture du salon. Le point de départ peut avoir lieu huit jours avant, quinze jours avant, trois semaines suivant la taille des salons et on est tous là au bord de l’entonnoir. Puis vient le TOP départ et on glisse tous dedans : si on a pas une relation d’humanité extrêmement forte, de respect de la parole, cette conviction que la qualité du projet vient du collectif, ça ne marche pas. On ne peut pas faire d’entourloupe par exemple, ou on la fait une fois et puis c’est terminé.

Et puis de temps à autre, on tombe sur un vrai problème : ça ne sert à rien de se rouler par terre, en criant, « ce n’est pas possible ! ». Le problème est là et le temps est compté. Il faut immédiatement corriger, essayer encore une fois de hiérarchiser : qu’est-ce qu’on peut rattraper, quels sont les éléments essentiels qu’il va falloir garder pour conserver la ligne qu’on voulait, alors qu’on s’aperçoit qu’on ne va pas pouvoir l’exprimer comme on avait voulu, parce que les matériaux n’arrivent pas, parce que la compétence n’est pas aussi brillante que celle qui avait été prévue, parce qu'il y a une tempête ou je ne sais quoi... Et c’est là où il faut travailler avec des hommes et des femmes, et qu’il existe vraiment un rapport de confiance.

Une fois passée cette espèce de vague, parce que c’était un peu la tempête, la traversée devient plus agréable avec la confiance du client, la confiance des entreprises, et puis on enrichit notre propre confiance en nous. Cette expérience est extraordinaire et on la retrouve beaucoup moins sur un chantier de bâtiment où on fait un compte rendu de chantier toutes les semaines, où on envoie des recommandés, où les interlocuteurs restent indifférents, les choses partent en contentieux, etc...

« Le contentieux, moi en 20 ans d’expérience de salon, je n’en ai jamais vu. Le contentieux, il dure cinq minutes, il y a un clash et puis on va prendre un café, on se sert la main, on se serre les coudes surtout. »

 

Le contentieux, moi en 20 ans d’expérience de salon, je n’en ai jamais vu. Le contentieux, il dure cinq minutes, il y a un clash et puis on va prendre un café, on se sert la main, on se serre les coudes surtout. Le lendemain on n’a pas oublié, mais on a dépassé le problème.

C’est vraiment un laboratoire fabuleux. Si le bâtiment pouvait fonctionner comme ça…

Personnellement, sur le plan professionnel, je suis ravi d'assurer des missions d'architecture éphémère et aussi des missions d'architecture de bâtiments, parce que ça équilibre complètement mon activité.

L’historien Braudel disait des foires qu'elles étaient des "villes éphémères", en quoi cela reste-t-il valable aujourd'hui ? Est-ce qu'il n'y a pas justement de nouveaux rapports qui se tissent entre les salons et les villes qui les accueillent ?

Si l’architecture de la ville occupe l’espace de manière durable, les foires l’occupent de manière éphémère et répétitive dans le temps. A ce jour, il y a encore des foires historiques qui sont en place, depuis des siècles. Elles ont évolué bien sûr, mais elles réapparaissent de manière cyclique, régulière. Nous sommes également là dans un processus de transmission, comme dans la ville, un rendez-vous à des périodes données. En ce sens, je rejoins le propos de Braudel. Et visiteurs et exposants sont des habitants de cette ville éphémère et ils se retrouvent et vivent dans l’espace d’un instant dans un lieu qui renaitra et qu’ils habiteront de nouveau.

La foire envahissait la ville…

La foire envahissait la ville et elle l’envahissait par le centre, c’est sa réapparition au cœur du système, au cœur de la ville sur la place du marché, centrale, sur la place de la cathédrale, vraiment comme si c’était le point d’origine de la ville. C’est extrêmement intéressant. Si on voulait tout inverser, on pourrait dire que la ville est organisée en périphérie de ce point qui arrive, qui réapparaît périodiquement, mais qui réapparaît toujours.

Et aujourd’hui les foires ne sont plus dans les centres-villes, elles sont dans les parcs en périphérie…

Exactement, mais il y a un contre-exemple à cela et il n’est pas anodin parce que c’est la première foire de France, c’est la Foire de Paris qui reste finalement ancrée Porte de Versailles, qui reste à l’échelle de la région parisienne quasi centrale. Porte de Versailles, avec sa rénovation et ses extensions, offre un nouvel outil tout à fait compétitif et très pratique parce que finalement les gens arrivent en avion, avec des navettes assez rapidement, en train avec des gares encore dans Paris, il y a donc une facilité, une proximité. Les visiteurs de la Foire de Paris sont vraiment au cœur de la cité, je pense qu’ils ont su garder cette dimension ancienne, ça fait partie des forces de la Foire :  c’est rassurant, on est au cœur du sujet et au cœur du lieu, et c’est certainement plus rassurant que d’aller quelque part en périphérie où on se sent un peu déconnecté de la ville.

Si on revient à la question de la périphérie, les parcs des expositions se retrouvent un peu localisés comme des supermarchés. Ils sont un peu en dehors du foncier historique, du foncier riche, donc ils sont dans des zones péri-urbaines. Et évidemment un parc des expositions, vite vu, peut représenter un gros supermarché qui n’est pas ouvert tous les jours. A quelques exceptions près, la représentation formelle des parcs des expositions est très proche de la représentation des centres commerciaux : ce sont des grands bâtiments de type industriel, certainement aussi pour des raisons budgétaires.

Quelle part ont finalement vos projets sur les salons par rapport à votre métier d'architecte ?

 

Une vraie liberté de conception, de création. La mise en œuvre des projets est si rapide que les valeurs de confiance, de performance, et d’humanité entre les intervenants y règnent. L’oralité aussi et le respect de l’autre, sont encore au cœur de la réalisation de ces événements.

C’est une vraie et bonne fraîcheur n 

 

Contact avec Michel Saunier, Architecte :

m-saunier@wanadoo.fr

Tag(s) : #LES CAHIERS, #Architecture, urbanisme, #Entretiens

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