En mai dernier NUNDINOTOPIA publiait une étude sur le rôle des Salons dans l'innovation et la vie des start ups, fondée sur une vingtaine d'entretiens avec des dirigeants de start ups. Nous extrayons là, sous forme d'article, quelques informations-clefs sur le profil des start uppers. 

L'essentiel :

  • les start uppers ne sont pas des magiciens ni des super héros qui viendraient d'un monde extraordinaire.
  • La culture des start ups est à quelques pas de celle des salons.

Cela vaut le coup de le savoir pour préparer de nouvelles collaborations entre les professionnels des salons et les start uppers. Et c'est une assez bonne nouvelle : la culture start up est déjà au cœur de la culture des salons.  Mais bien sûr, il ne faut pas avoir oublié sa propre culture.

Les start uppers ne sont pas des magiciens…

Les start ups composent une réalité hétérogène d’entrepreneurs combattants et pragmatiques, assez loin du mythe héroïque du jeune start upper à l’ascension fulgurante et génie du 21ème siècle, ou du « barbare » (1) qui s’empare du monde.

  • La notion de « start up » est une notion floue, de l’aveu même des start uppers et nombre d’entre eux ne rentrent pas dans la grille de lecture de l’entreprise à très forte croissance, sur une base technologique forte, sur un marché à risque, avec le ressort de la levée fonds.
  • Le Start upper peut être incroyablement vieux ! 9 personnes sur notre échantillon avait plus de 35 ans, la majorité plus de 30 ans, avec souvent une expérience professionnelle déjà solide. Ce ne sont pas des débutants.
  • Les parcours sont multiples, les ingénieurs ne dominent pas forcément. Certains furent commercial, chimiste, chercheur, comptable, auditeur, responsable RH, communicant, ….
  • Tous ne travaillent pas sur le digital, applis ou logiciels, ou sur des activités à fortes technologies.
  • Nous retrouvons le classique déséquilibre femmes-hommes en défaveur des premières.
  • Nous pourrions reprendre l’expression utilisée par des sociologues dans une étude récente sur les start ups françaises. Les start uppers sont des « innovateurs ordinaires » (2), combattants, passionnés, soumis à l’échec possible, qui ne vivent pas dans la grandiloquence de la fulgurance
  • Ils n’ont d’ailleurs qu’assez peu le mot « innovation » à la bouche,
  • Le monde des start ups n’est donc pas magique, c’est un monde d’entrepreneurs pragmatiques.

(1) A propos des GAFA, Gilles Babinet écrira « l’avant-garde des barbares ». BABINET Gilles, Transformation digitale : l’avènement des plateformes, Histoires de licornes, de data et de nouveaux barbares…, Le Passeur Editeur, p. 18.

(2) Michel Grossetti, Jean-François Barthe, Nathalie Chauvac. Innovateurs ordinaires : Une enquête sociologique sur des startups françaises. Texte provisoire d’un ouvrage. 2016. <halshs-01377992>, https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01377992. Voir l’encart dans l’analyse détaillée.

Une culture start up à quelques pas de celle des salons…

La vie et l’évolution des starts ups sont composées de rupture, d’empirisme et de test, d’un sens fort du collectif, d’un désir de s’engager et d’un réalisme qui peut même rendre critique à l’égard d’une idée trop illusoire de la « start up ». Ces éléments ne sont pas bien loin de la culture produite sur les salons.

Mais qui sont les start uppers ?

1. Au départ de la start up, l’expérience personnelle, le choix de vie, une direction rarement solitaire

  • Hormis les cas d’une application et mise sur le marché de recherche scientifique, le concept, l’idée initiale de la start up, naît de l’expérience personnelle sur les usages ;
  • La création d’une start up appartient à un parcours de vie (avec sa fragilité) et à une certaine propension à l’entrepreneuriat. Mais les deux ne sont pas forcément liés, certains veulent s’échapper d’une situation et cherchent une solution, d’autres ont déjà en tête d’entreprendre ou tiennent déjà un premier contrat client : en bref, ils quittent, veulent créer et transformer.
  • Un dirigeant est rarement seul, il s’est associé avec un ami, un partenaire, un client, un membre de sa famille.

2. La méthode du test sur les marchés

  • Les start uppers sont des empiristes, et ils ne le sont pas sans méthode.
  • Ils sont capables de prendre du temps sur le terrain, voire avec des experts pour caler leur premier prototype,
  • Le terrain d’expérimentation est le marché, les rencontres avec les clients et partenaires potentiels (hormis le cas plus scientifique de spin off issu de la Recherche), la méthode est principalement un schéma itératif, sans gros investissement (approche LEAN), en préférant les solutions séquencées sur les bases des besoins des clients, plutôt que les systèmes complexes difficilement transformables.
  • Ils sont en test permanent, en modulation.

3. La culture de l’engagement et du collectif

  • Hormis l’intérêt pour « disrupter », les start uppers tiennent un discours engagé pour défendre des droits, voire innover socialement, protéger une profession, modifier des rapports de forces commerciaux, être pionners sur des grands enjeux de santé, intervenir au bénéfice de la vie quotidienne des gens ;
  • Si le management est souvent polycéphale, le mode de fonctionnement de l’entreprise favorise la recherche de collectif avec d’autres start ups, l’animation de l’écosystème, l’accompagnement de start ups plus jeunes.
  • La parole est plus importante que l’écrit, les relations se nouent d’abord par les échanges oraux.

4. Regards critiques

  • Les start uppers savent jouer avec les codes d’une mode « start up », mais préfèrent la mesure du créateur d’entreprise, qui essaie d’être rentable, à l’illusion des fausses promesses de croissance.
  • Que le jeu soit trop marketing et qu’il y ait des opportunismes financiers abusifs ne leur échappe pas.

 

 

Et à l'inverse n’oublions les éléments de la filière de l’événement proche de l’univers des start ups

  • La filière est jeune, elle se professionnalise depuis une trentaine d’années,
  • Elle est composée très majoritairement de petites entreprises, avec des entrepreneurs passionnés,
  • Les métiers sont extrêmement variés technologiques ou pas,
  • Le collectif est à la base de l’organisation des manifestations : filière qui veut se réunir, les prestataires de l’organisation qui doivent travailler ensemble,
  • La pertinence des manifestations repose largement sur l’engagement et la cause qu’elles défendent (une filière, un territoire, des enjeux sociétaux, …),
  • Le terrain et le sens de la situation forment la base de l’activité d’événements,
  • Les événements sont des lieux d’expérience d’une manière ou d’une autre.
  • L’oralité et la parole sont primordiaux,
  • Ajoutons que le nomadisme est bien une pratique « ordinaire » d’une très grande part de la profession (surtout les prestataires)

Il existe bien une proximité entre la logique et la culture des salons et celles de start ups. Pouvons-nous en faire une opportunité ? La profession des salons est bien capable d’une esprit « start up » : le sait-elle ? Comment la filière peut-elle apprendre à l’exprimer et le reconnaître ?

Retrouver l'ensemble de l'étude avec le lien ci-dessous

Tag(s) : #Start ups

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