Le foncier, l’architecture et l’urbanisme sont des très vastes champs et leviers d’innovation pour la filière des Foires, Salons et Congrès.  

Les habi-temps

Tout l’activité d’événement interroge une des plus grandes dimensions de l’homme, celle de l’habitat. Participer à un événement est une manière d’habiter. Les Foires, Salons et Congrès appartiennent aux grandes transformations urbaines de notre modernité. Et jamais les habitants du monde n’ont été autant des habitants d’événements, jamais ils n’ont habité dans des villes qui leurs donnaient autant de possibilités de participer à des « événements » organisés pour eux, dans leur ville ou dans d’autres villes. Les villes grandissent aussi en accueillant ces « habitants éphémères » qu’est maintenant chaque habitant de manière intermittente dans sa propre vie. L’espace de la ville se construit aussi par l’habitation du temps et une ville n’est pas une ville si elle n’offre pas de manière de plus en plus investie des propositions d’organisation du temps public. Il faudrait peut-être dire que les rythmes du temps ne sont plus ni ceux de la nature, ni ceux de la religion, mais ceux de la ville et celle-ci s’invente, se construite elle-même par le temps, au moins autant que par l’espace. Et la ville n’est pas seulement l’espace administré par des pouvoirs publics, mais plus largement le lieu même d’interventions des populations, des filières professionnelles, des communautés qui participent et construisent eux-mêmes la ville, les villes, par leurs manifestations. Elles fabriquent la ville avec une matière-temps, leurs opportunités, leur rythme, leur histoire, leur contemporanéité, leur présence. Le temps des habitants est à la fois un matériau urbain et un champ de plus en plus complexe de l’urbain pour l’habiter. Les habitants sont des « habi-temps » et l’avenir des villes et des foires, salons et congrès reposent sur eux.

Où ? Dans quelle structure ? Et, une fois que cela est établi, comment est constituée la manifestation comme lieu

Une des inventions donc de la ville moderne est d’avoir transformé les barnums, les tentes, les baraques provisoires, tous habitats de nomades, en bâtiments pérennes et solides (il faudrait sans doute -ce que nous ne savons pas faire – décrire les filiations et les ruptures avec les halles de marché, elles-mêmes structures pérennes). Cela implique de choisir des terrains urbains pour ce faire. Nous voudrions donc ici nous concentrer sur l’immense champ d’innovation des Foires, Salons et Congrès que représentent les réponses à ces trois questions : Où ? Dans quelle structure ? Et, une fois que cela est établi, comment est constituée la manifestation comme lieu. Cela pourrait se résumer ainsi : le foncier, le bâti et les infrastructures afférentes, et l’architecture ou urbanisme des manifestations. Et au cœur de cette interrogation se trouvera le grand enjeu des transformations de l’ habiter urbain et des « habi-temps ».

Tout commence par le foncier

Les lieux des Foires, Salons et Congrès sont multiples. Ils sont d’abord dans les villes et en proche périphérie. Les foires se sont tenues historiquement dans les cimetières, près des cathédrales, sur la place du marché, dans les grandes rues des villes, dans des « champs de foire » aux portes de la ville. Les congrès sont d‘abord des phénomènes intra-urbains. Nous nous limiterons aux terrains des Foires et Salons dans et au bord de la ville et comment ils participent à sa métamorphose, son extension, voire sa création. Tout commence par le terrain choisi pour développer l’activité de Foires, Salons et Congrès : le foncier, et donc par l’ensemble des acteurs impliqués dans le choix et les investissements liés à ce foncier.

Se concentrer sur les Parcs des expositions, malgré la croissance exponentielles des lieux d’événements dans la ville

Nous ne traiterons pas de la multiplication des champs occupés par de nombreux événements hors de la ville, dans les déserts, le rural ou même, de manière alternative, dans les villes (les nombreux festivals culturels et musicaux, le cas exceptionnel de l’événement " Burning Man " d’une ville imaginaire et artistique dans le désert du Nevada par exemple, la liste est longue), ni des grands lieux sportifs. En tout cas, nous ne le traiterons pas ici. Il faudrait effectivement s’interroger pourtant sur cette dissémination des « terrains » d’événements aujourd’hui, sans compter les nombreuses courses dans la ville ou entre les villes qui retracent les lignes et les parcours au-delà des zones fixes.

Il faudrait aussi compter l’ensemble des immenses infrastructures dédiés aujourd’hui principalement aux « événements » dans le tissu urbain au-delà des parcs des expositions et des centres de congrès : stades, salles de concert, et tous les lieux qui doublent leurs fonctions premières en lieux d’événements (les universités, l’hôtellerie bien sûr, mais aussi tous les lieux réceptifs et surtout plus récemment, tiers-lieux, zones de clusters et d’innovation, et que dire de tous les immenses lieux urbains : malls, aéroports, gares…).  La ville contemporaine fait pousser partout ses fonctions d’événements. Nous frôlerons aussi l’évolution des villes qui en elles-mêmes deviennent villes-événements et dont les espaces -rues, grands ponts, nouvelles places ou artères - viennent concurrencer les parcs des expositions (la ville construit à la fois des espaces spécifiques pour les événements et « veut » reprendre ses droits avec ses espaces publics comme lieu même de l’événement).

Deux grands types de bâtiments ont été inventés depuis un peu plus d’un siècle, les parcs des expositions et les Centres de congrès. Ils fournissent, avec des équipes dédiées, l’espace et l’ensemble des aménités nécessaires à l’accueil des populations et à la logistique et à la technique des manifestations. Ils furent précédés par les grandes constructions spécifiques des expositions universelles du 19ème siècle. A partir de ces deux grands types, il existe des formes mixtes et des formes plus larges au sein de complexe hôteliers (cas récurrents aux Etats-Unis). Nous nous concentrerons sur les parcs des expositions et les projets d’architecture actuels. Nous savons qu’il faudrait travailler aussi sur les nombreux centres de congrès (plus de120 en France et combien dans le monde !). Il faudrait aussi aborder tous les autres types de bâtiments dédiés à des événements. Il ne faudrait pas oublier tous les secteurs des structures éphémères, des premiers barnums à ses nouvelles structures de très grandes tailles capables de rester en place plusieurs années avant de disparaître eux-mêmes comme une simple tente de nomade.

 

Gardons cette simple ligne directrice : le lieu même des manifestations est levier majeur d’innovation. La compétitivité des Foires, Salons et Congrès dépend très largement des lieux et des innovations qui peuvent y être produites, ou auxquelles leurs machinerie peut contribuer.

 

 

Architecture et urbanisme temporaires

Cette piste nous conduira aussi à nous interroger sur l’architecture et l’urbanisme, temporaires, des manifestations. Les stands sont souvent des lieux extrêmement désignés et pensés, les manifestations dans leur ensemble ne le sont pas autant, parce que sans doute le bâti originel fait son œuvre, mais aussi parce que cette question est largement sous-évaluée. Il suffit pour s’en rendre compte de la comparer aux investissements d’urbanisation et de design d’espace dans la grande distribution.

 

Les articles à venir

Nous aborderons donc les facettes suivantes (articles à venir) de notre sujet qui place l’architecture et l’urbanisme parmi les leviers majeurs de l’innovation dans la filière des Foires, Salons et Congrès :

  1. Le foncier, choisir la terre des événements,
  2. Le champ fertile de l’architecture des parcs des expositions,
  3. L’architecture et l’urbanisme temporaires des manifestations.

 

 (extrait du Livre Blanc, Partie 5, NUNDINOGRAPHIE, RDI, III. B)

Tag(s) : #Architecture, urbanisme

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