Le foncier peut être un grand domaine d’innovation. Nous le réduisons pour l’instant à sa seule définition de terrain, avant même le bâti[1]. Il s’agit de la terre où se tiennent ou tiendront les Foires, Salons ou Congrès. Nous abordons ce sujet sans expertise, mais simplement en indiquant qu’il semble là y avoir de très nombreux possibles. Nous aborderons d’abord les montages de projet foncier. Ils sont des champs extrêmement techniques et relationnels, peu connus et rarement discutés en commun au sein de la filière des foires, salons et congrès. Au-delà de la technique foncière, les zones foncières choisies pour un parc des expositions sont des choix de métamorphoses urbaines. S’invente là l’avenir même de l’activité de l’événement et de ses fonctions urbaines et territoriales. Enfin le foncier dédié à un parc des expositions est fondamentalement une « puissance routière », une capacité à être un point de passage dans le réseau des villes, une étape dans un vaste système de « routes professionnelles » dont les cartes restent encore largement à dessiner et qu’il contribue lui-même à former.

 

1. Des pistes d’innovation dans les montages des projets fonciers

Cette question du foncier n’est pas exactement au cœur des discussions des professionnels lorsqu’il s’agit d’aborder la question de l’innovation. Peut-être est-ce en partie parce qu’elle est souvent déjà réglée par l’histoire. Le foncier est défini depuis des dizaines d’années et les parcs des expositions ou de centres de conférences y sont déjà construits. Elle est aussi du domaine privilégié, dans le cas du secteur de l’événement, des acteurs publics, dans le contexte plus général de l’évolution urbaine ou territorial local. Il faudrait regarder dans le détail les types de relations qui existent sur le foncier dédié aux Foires, Salons et Congrès, avec les professionnels : les rapports via les chambres consulaires, les relations avec des structures dédiées déjà existantes sous forme de régie publique ou d’économie mixte, ou les relations partenariales avec les entreprises privées de la profession. Nous ne pouvons ici étudier ces éléments. Il est certain toutefois que le maillage relationnel entre les acteurs publics décideurs du foncier et les acteurs professionnels privés, semi-publics ou publics est source de montage innovant et de levier d’évolution dans la profession.

Le projet foncier ne se fait pas sans envisager ensuite le bâti à venir et son exploitation. La répartition du poids et l’organisation de la gouvernance de la future exploitation entre acteurs publics et acteurs privés peut être source d’innovation ou de nouvelles tendances. Il apparaît aussi que les futurs exploitants ou les candidats à l’exploitation du futur parc des expositions étayent leur candidature de projets immobiliers propres, quitte à ce qu’il soit ensuite porté de manière mixte, publique et privée. Tous ces montages seront déterminants de la vie future du parc des expositions et donc de la bonne valorisation du terrain choisi, plus profondément de la part du foncier originaire dans la construction de l’espace urbain. 

Les règles de droit et les conventions possibles sont des champs « techniques » où la créativité règne aussi. Les ambitions, si elles sont grandes, conduisent souvent à fédérer et inventer des partenariats qui ont besoin de leurs principes et de leur architecture. La gestion foncière au sens le plus large, au-delà de notre sujet des foires, salons et congrès, se transforme, nécessite l’invention de nouveaux outils. La recherche en ce domaine existe et se développe. La distribution des compétences territoriales entre les acteurs publics change parfois fortement. Les tendances autour de la « métropolisation » des agglomérations ont un impact sur la gestion d’un parc des expositions. Les aménités nécessaires, pensons simplement à l’accès au numérique dans le futur parc des expositions, conduisent encore sûrement à des leviers d’innovation.  La fiscalité elle-même participera à l’inventivité du montage d’un projet. Le grand enjeu du climat structure complètement les choix et modifie les approches. Les mécanismes même de concertation publique sont riches et source de nouvelles idées (il existe même des agences événementielles qui s’en sont fait une expertise !).

Gardons simplement à l’esprit pour nous que la connaissance de ce maillage et de ces mécanismes reste aujourd’hui insuffisamment incluse dans les discussions régulières et générales sur l’évolution de la filière.  Cette connaissance est complexe. Ce maillage est souvent à un haut niveau de décision et par conséquent le cercle des initiés est limité. Un premier levier d’innovation serait simplement de mettre au jour les dispositifs existants, les évolutions récentes, les ouvertures, les immobilismes aussi,  les cas singuliers pour en faire l’objet de réflexion plus partagée au sein de la profession.

Il est certain que la profession aura tout intérêt à développer ses interventions dans les processus de décision, au-delà de ceux particuliers des décisionnaires impliqués. Des distances sont manifestes, en tout cas en France, entre les élus et la profession de l’événement, un terrain insuffisant d’échange. La simple modification de cet état est source de transformation : importance des investissements et rôle dans la politique générale du territoire, terrain choisi, intégration aux enjeux des filières économiques, techniques et scientifiques, rôle dans le projet urbain, mise en série avec les autres pôles de commerce, de recherche et d’innovation du territoire, cohérence avec les infrastructures d’accès, mobilisation des partenaires, définition de la propriété…

Il faudrait une culture partagée du foncier au sein de la filière. La filière maîtriserait mieux son destin et sa compétitivité.

 
  1. Les enjeux du bâti seront abordés dans la partie suivante : « Existe le champ fertile de l’architecture des parcs des expositions ! »

2. Les « terres de l’événement » dans le tissu urbain

Quelle sera demain la « terre » des événements ? La question est moins qu’anodine, autant pour les acteurs de l’urbain que pour ceux de l’activité d’événement. Intervenir dans le processus de décision et de l’attribution des « terres » est essentiel à la filière de l’événement dans son ensemble et aux innovations dont elle peut avoir besoin pour assurer sa compétitivité.

Barycentre

Définir une zone dans la ville pour un parc des expositions est un grand choix de stratégie urbaine. Le geste contribue à la métamorphose de la ville, voire à sa création. Il existe encore et beaucoup de projets de « nouveau foncier », y compris dans les « vieux » continents de l’événement, même si les échelles sont souvent bien plus impressionnantes principalement en Asie où des villes nouvelles se bâtissent en intégrant très sérieusement le projet d’un parc des expositions (citons le cas de la ville chinoise d’Otog en Mongolie ou le projet de Qingdao Water City dans la baie d’Aoshan). Il s’agit aussi de penser le foncier connexe aux « terres » choisis pour les événements, à quoi il sera dédié et comment celui-là peut être mis en série avec celui-ci s’il concerne des zones industrielles, des pôles de recherche et d’innovation, des axes ou des hubs de transports, des complexes hôteliers, une logique de « Valley », etc…. Le parc des expositions et sa zone d’implantation, « terre d’événements », peuvent jouer un rôle important de barycentre dans le tissu urbain, catalyser des fonctions urbaines de décision et de développement, s’intégrer aux enjeux de transports, d’hébergement, aux questions aussi symboliques très importantes de marquage territorial dans le contexte de la compétitivité large des villes et territoires.

Espace politique

Une manière de se rendre compte de l’importance de ce sujet serait d’observer en creux les erreurs commises, les terrains mal choisis, insuffisamment grands, déconnectés des autres fonctions urbaines, des mises en séries avec l’économie, la recherche ou l’innovation, éloignés des populations, inappropriés à l’attractivité, les lieux sans tropisme, ou à l’inverse le foncier invasif, sacrifié pour l’événement et dont le poids déséquilibre le territoire lui-même (prenons le cas du Brésil et des Jeux Olympiques, Athènes, …). Ces erreurs durent plusieurs dizaines d’années et font des terrains mal choisis, de la ville elle-même alors, des infra-lieux. Elles laissent d’autant plus pressentir que le foncier, y compris celui dédié aux Foires, Salons et Congrès, est toujours dans une ville un terrain d’habitabilité, un espace possible pour des habitants et des modes d’habiter et donc fondamentalement et au sens le plus pur du terme, un espace politique. Le choix du foncier pour les Foires, Salons et Congrès est politique. Il participe à la préservation et à l’invention de la Cité et de ses missions pour les citoyens. La question du foncier peut donc être innovante aussi parce qu’elle permet d’intégrer les enjeux politiques d’habitabilité, de régime démocratique, et de production de citoyenneté au cœur du mécanisme de développement de l’activité Foires, Salons et Congrès.

3. Les routes

Le foncier d’une ville est plus largement le foncier de territoires plus grands, jusqu’à être celui du monde. En ce qui concerne les parcs des expositions, le foncier entre dans l’ensemble des zones foncières dédiées aux parcs des expositions. Des liens existent entre ces zones, des routes, mais elles ne sont pas encore dessinées sur des cartes.

Déplaçons-nous un instant du côté des grandes zones portuaires du monde, Shanghaï, Shenzen, Canton, Rotterdam, Louisiane du Sud, Dubaï, Hambourg, Marseille…Imaginons leur rôle de plateforme et de nœud dans les grandes « routes » du monde, imaginons les grands aéroports, la grandes toile des « hubs » de toute sorte, de commerce, de transports, de consommation : les grands parcs des expositions ont aussi cette fonction majeure de grand carrefour dans les croisements des « routes professionnelles » du commerce, du savoir et des techniques du monde. Cela semble moins perceptible ou appartenir seulement à une grande ombre de notre imaginaire.  Ils sont pourtant des « finistères urbains » ouvrant les villes sur le reste du monde et définissant ou pouvant définir une grande part de leur identité. Imaginons les grandes villes allemandes sans leur parc des expositions, Hanovre, Frankfurt, Munich, imaginons Barcelone sans exposition, imaginons Paris aujourd’hui. Regardons maintenant du côté de l’Asie, Shenzen qui a déjà un des plus grands parcs des expositions du monde, en construit un deuxième plus grand encore.

Le foncier dédié au Parc des expositions sert à construire les grands ports des événements du monde et, pour les populations de ces événements, leurs points fixes et les repères de leurs « routes » à travers le territoire proche et entre les territoires du monde. Le foncier est ici un grand levier de « territorialisation » et de « déterritorialisation » de la ville. Le choix du foncier sera aussi dépendant donc d’une puissance de devenir un point routier du monde ou d’un territoire. Il se définit par ses qualités frontalières, par ses liens avec le « dehors ».

Quelle part de la surface urbaine doit être consacrée aux terres des Foires, Salons et Congrès dans le monde, à l’échelle d’une ville, à l’échelle d’une série de villes voisines, à l’échelle d’une nation ou d’un continent ? Quelle répartition de ces surfaces dans la géographie d’un grand territoire pour que des routes se forment ? La question est un peu la même que celle que se pose l’architecte : combien de fenêtres et de portes à la maison que je conçois ? Qui est capable aujourd’hui de poser les termes de cette question et de pouvoir y répondre, donner des éléments de réponses. Il s’agit au fond là de déterminer les modes d’ouverture des villes et des territoires. Et pour reprendre la métaphore architecturale, le nombre, la taille et la forme des portes et fenêtres changent tout d’une habitation ou d’un bâtiment. Et ces « fenêtres » ne donnent pas sur le grand espace de la ruralité, il donne sur le réseau des villes du monde. Plus largement sans doute, en participant à la mise en réseau des villes, les parcs des expositions contribuent à l’émergence de la ville des villes que devient le monde.

Nous sommes donc à l’époque qui distribuent de manière plus large les grandes zones de parcs des expositions et de congrès sur la surface planétaire. Que peut-il se passer dans notre imagination de l’évolution de la filière si nous dressons une grande cartographie de ses « fenêtres » ? Si nous entrons dans le détail des lignes qui se dessinent, des intensités des unes et des autres ? Si nous commençons à repérer pour les communautés professionnelles plus précisément les routes qu’elles tracent sur la planète de parc des expositions à parc des expositions ? Une source d’innovation est sûrement du côté de la définition de ces routes ou de leur création. C’est en grande partie ce qui se passe dans les stratégies de démultiplication dans le monde des salons sur un même thème par un même opérateur ou par la création de partenariat d’exploitation de nouveaux parcs des expositions dans les pays émergents par de grands exploitants de parcs européens : le dessin ou la maîtrise des routes. Mais au-delà des influences que peuvent avoir les professionnels des manifestations, ils existent bien une réflexion sur la formation des « routes professionnelles » via les positions et les transformations de la géographie mondiale des parcs des expositions.

Conclusion  : l'espace-machine  

Montage des projets fonciers, choix des terres, routes, cela conduit à approfondir la part de la géographie et du territoire dans le champ des innovations possibles. L’activité des foires, salons et congrès se construit avec de l’espace, qui en est à la fois une matière et une machine. Nous essayons de regarder l’espace-machine. Quel est-il ? Comment fonctionne-t-il ? Quelle ingénierie s’y joue ou pourrait s’y jouer ? Qui sont vraiment les ingénieurs ? Les politiques, les professionnels de l’événement, les urbanistes, les aménageurs ? Comment s’articulent leurs rôles et leurs interactions ?

Les manifestations sont des interfaces entre des utilisateurs et une mécanique plus profonde. Les manifestations sont des effets de surfaces, et la part la plus importante de l’attention portée à cette activité se tient à ces effets. Il faudrait réussir à faire « remonter » le foncier dans les discussions et l’analyse du réel processus de production des événements. Nous sommes dans des temps longs et des montages d’une très grande complexité. Les foires, salons et congrès sont aussi des pliures du territoire et de son histoire. Ils apparaissent, se répètent, s’installent dans des champs géographiques extrêmement actifs. Le foncier n’est pas un réceptacle passif d’une activité d’événements, il est une machine motrice, hyperactive, organisée avec ses transformations et ses modulations possibles. Et à l’inverse les effets de surface vont modifier la nature même du foncier : les événements créent des intensités géographiques qui modifient les équilibres du foncier urbain et des agencements de ses zones. Tout cela appartient peu aux discussions régulières et partagées sur l’avenir des Foires, Salons et Congrès. Quelque chose d’essentiel semble pourtant y être.

 (extrait du Livre Blanc, Partie 5, NUNDINOGRAPHIE, RDI, III. B. PLAN INNOVATION QUATRE 1. Foncier)

Schéma Innovation, foncier, architecture et urbanisme

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