La filière des FSC est inventive, créative, mais le sait-elle vraiment ? Elle est inventive plutôt qu’innovante. Il semble que l’exigence d’innovation, le mot même d’innovation, voile l’art de la profession de jouer des situations, des cas, de la vitesse, des aberrations de l’événement, des savoir-faire. Tout bouge mais par singularité ; difficile de voir des lignes claires qui deviennent des crêtes de rupture, de renversement de modèle, de passage à d’autres paradigmes. Nous allons en guise de préambule aux champs d’innovation dans les FSC explorer un peu ce paradoxe d’une filière qui ne paraît pas innovante, hormis par l’importation massive et générale à tous secteurs, des usages et technologies numériques, mais qui pourtant n’est pas pauvre d’idées, de créations. Nous l’avons déjà remarqué, les éléments sont là, mais leur mise en série est absente. Manque l’onde, la vague, les courbes qui rassemblent les singularités pour rendre visible une forme et faire sentir une force. Nous commencerons par tenter une équation de l’innovation qui inclut répétition et imitation. Posons-nous alors la question : Quelles sont les innovations dans les Foires, Salons et Congrès depuis 150 ans ? La réponse peut être dure, les révolutions semblent se faire ailleurs que dans les FSC. Mais en rappelant que les filières qui utilisent les FSC pour ritualiser leur existence, se configurer, produire leur société s'en servent bien comme milieu de propagation de leur innovation, il nous faudra distinguer les innovations propres aux FSC et celles qu’elles permettent de propager, autrement dit : un des grands enjeux de la filière FSC est de savoir produire un milieu de propagation des innovations des autres, savoir créer une ambiance, une culture de l’innovation, en tout cas y participer. Il existe donc un pli entre la CULTURE de l’innovation produite dans les FSC et l’innovation des champs d’activité, y compris les plus technologiques. L’innovation dans les FSC est plutôt du côté de la production d’une culture, d’un milieu social : INNOVATION CULTURELLE ou SOCIALE donc. Mais comment la filière FSC crée sa propre culture de l’innovation capable de produire de l’innovation culturelle ou sociale aux bénéfices de la propagation des lignes innovantes des professions qui les utilisent ?

  • L’équation de l’innovation
  • L’innovation dans les Foires, Salons et Congrès.
  • Innovation culturelle et culture de l’innovation.
  • Limitation de propagation des idées propres aux pratiques des FSC : l’imitation difficile.

 

  1. L’équation de l’innovation

L’innovation a à voir avec la répétition. L’innovation re-nouvelle, reprend une pratique dans un champ d’activité et la change, parfois par simple modification qui n’apportera qu’une variation, parfois radicalement, jusqu’à transformer les modèles existants. L’innovation est une reprise et permet une avancée. Gardons en réserve ce lien avec la répétition parce que celle-là est aussi au cœur de la nature des Foires, Salons et Congrès : revenir et, en revenant, différer.

L’innovation n’est pas une idée, une invention seule. Celle-là a besoin elle-même d’être REPETEE et IMITEE par une société humaine, que cette dernière soit spécialisée sur un métier, une filière, un champ d’activité ou plus largement la société elle-même dans son ensemble. Gardons aussi en réserve ce lien avec l’imitation au sein d’une société, parce que les Foires, Salons et Congrès sont bien des lieux d’imitation sociale, de reprise entre pairs, de reconnaissance possible d’une nouveauté par une société.

Pour schématiser : INNOVATION = INVENTION X REPETITION = INVENTION X IMITATION.

  1. L’innovation dans les Foires, Salons et Congrès.

Il est très important de se donner cette connivence possible entre l’innovation et les Foires, Salons et Congrès, parce que l’innovation DANS les foires, salons et congrès n’est pas une évidence. Quelles sont les innovations dans les Foires, Salons et Congrès depuis 150 ans ? Quelles sont les ruptures dans les modes de production de ces manifestations ? Ces questions n’apportent pas de réponses immédiates, d’autant plus que le sens même de la généalogie de ces manifestations est peu répandu. La détermination des Foires, Salons et Congrès comme formes historicisées, liées à notre modernité n’a que faible cours. Au fond les hommes semblent s’être toujours réunis pour échanger, le principe semble éternel.

Peut-être l’apparition de la question de l’innovation dans les Foires, Salons et Congrès est-elle une manière de les faire entrer, ré -entrer dans l’histoire et le temps. Elle est aussi la simple répétition d’un impératif de l’innovation répandu très largement dans l’ensemble de nos discours actuels et dans l’ensemble de nos champs d’activité, d’autant plus en nos temps de changements majeurs par les technologies digitales, d’intelligence artificielle et d’expansion algorithmique.

  1. Innovation culturelle et culture de l’innovation.

La question reste toutefois sans grande réponse. L’« industrie » des FSC n’est pas une industrie fondée sur la science et la technologie. Les innovations technologiques – les plus frappantes - sont donc rares, sauf à compter ce qui s’importe par les technologies utilisées obliquement dans la réalisation d’une manifestation, d’une prestation ou la construction d’un site. L’innovation dans les FSC, si elle existe, sera moins technique, que SOCIALE ou CULTURELLE.

Mais nous devons maintenant aller dans notre réserve, celle de la répétition et de l’imitation, car les FSC sont aussi des milieux sociaux d’imitation qui permettent la propagation d’une invention née dans la société tierce (a fortiori quand cette société est une industrie basée sur les sciences dures et les technologies) qui utilise leurs formes de FSC dans ses modes d’existence. Les FSC participent à la création d’une CULTURE DE L’INNOVATION dans un champ d’activité.

L’innovation dans les FSC sera donc une innovation culturelle qui participe à la production d’une culture de l’innovation – innovation qui peut être fondée sur la science te la technique - pour des sociétés ou des communautés tierces, de mondes économiques, scientifiques ou sociaux. Cela signifie aussi qu’à notre époque particulièrement soumise à l’impératif de l’innovation, qui devient même un principe vital, innover ou mourir, les FSC ont un rôle tout particulier à jouer pour le développement de l’innovation, comme MACHINE D’IMITATION SOCIALE. Un des grands enjeux pour la filière est de saisir son rôle de levier dans la culture de l’innovation de notre modernité. La seule identification du rôle de producteur de culture de l’innovation fait partie du spectre de l’innovation – culturelle – au cœur des FSC. Plus nous innovons dans les FSC, plus nous rendons l’activité FSC propice au développement de l’innovation en général.

Quelle est la spécificité de l’innovation culturelle ou sociale par rapport aux innovations technologiques ? Elle se concentre sur la société, les utilisateurs, les opérateurs, le marché. Il s’agit d’une innovation qui rend pertinente une idée, une invention, des compétences par rapport à un marché[1], à une société. C’est une innovation qui s’intéresse aux modes d’appropriation et de transformations dans une société. Le marché, la société deviennent coproducteurs de l’innovation. L’innovation sociale va intervenir au cœur des mécanismes de répétition et d’imitation d’un ensemble d’êtres sociaux, des hommes et des femmes de telle ou telle communauté.

  1. Limitation de propagation des idées propres aux pratiques des FSC : l’imitation difficile.

Mais avant même de nous lancer dans une tentative de définition des innovations dans les FSC ou dans l’exploration de leur domaine d’émergence, il nous faut plier le raisonnement même de notre équation « INNOVATION = INVENTION X IMITATION » aux FSC eux-mêmes. Si les FSC constituent en eux-mêmes des milieux d’imitation pour des sociétés tierces, quel est leur propre milieu de propagation des inventions dans leurs pratiques ? La question est réelle. Elle explique peut-être aussi pourquoi les innovations semblent si rares dans la profession ou si peu lisibles. Comment s’imiter dans la profession ? Et à quelle vitesse ? Chaque manifestation, hormis sa répétition propre d’édition en édition, est souvent une île. L’invention, la trouvaille, la singularité d’une création ne se répètent pas facilement ailleurs pour devenir un nouvel usage répandu, le dessin d’un nouveau modèle de pratiques ou d’organisation. Par un paradoxe bien connu de cordonnier mal chaussé, voilà qu’une manifestation peut contribuer à l’innovation dans un secteur tiers, mais que les gestes inventifs qu’elle peut constituer en tant que telle n’ont pas assez de milieu pour se reproduire et devenir nouvelle règle. Manquent les conditions d’une généralisation aisée. La mode est moins aisée que dans d’autres sociétés.

Au fond la puissance d’innovation de la filière des FSC est au moins autant dépendante de sa créativité que de sa capacité à propager les créations pour en faire des nouvelles règles générales de pratiques. C’est sans doute un des grands résultats à venir de la tendance actuelle de la profession à accroître ses échanges en son sein, à se fédérer de plus en plus. C’est aussi un des grands apports possibles des fédérations et associations : encourager la diffusion, l’imitation, la propagation des variations. Imitons-nous ! Et vite ! D’autant plus vite que l’organisation d’événement se fait aussi par des acteurs de champs tiers, hors filière FSC, et que ces champs tiers eux sont depuis longtemps dans des contextes très ouverts de comparaisons, de « me too », et de construction des tendances.

(extrait du Livre Blanc, Partie 5, NUNDINOGRAPHIE, RDI, III. B)

 
  1. Nous tirons cette idée d’une conversation avec Diego Rinallo, enseignant-chercheur en marketing, auteur d’articles et d’ouvrage sur l’économie des Foires et Salons (voir bibliographie).
Tag(s) : #Innovation

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